Non, il ne faut pas remercier François Legault — La chronologie complète des dégâts
François Legault a été député péquiste pendant onze ans. Ministre de l'Éducation sous Lucien Bouchard, ministre de la Santé sous Bernard Landry. Souverainiste convaincu. En 2005, il publie les "Finances d'un Québec souverain" et déclare: "C'est non seulement pertinent, le projet de souveraineté, mais c'est devenu urgent." Quatre ans plus tard, il quitte le PQ.
En février 2011, il fonde avec le milliardaire Charles Sirois, fondateur de Telesystem et ancien président du conseil de la CIBC, un mouvement qui deviendra la CAQ. Le même Charles Sirois dont Legault, quand il était au PQ, dénonçait les conflits d'intérêts liés aux fonds FIER. Le souverainiste ardent promet désormais que la CAQ ne tiendra "jamais" de référendum. Son ancien collègue Bernard Drainville trouvait ça "étonnant pour un homme qui a ardemment milité pour cette vision pendant une dizaine d'années".
Chez lui, en février 2011, il rassemble Joseph Facal, Christiane Germain et d'autres figures de la communauté d'affaires, pour jeter les bases du parti. Germain, cofondatrice du Groupe hôtelier Germain, deviendra plus tard présidente du CA de Santé Québec. Dès le premier jour, les intérêts privés sont à la table.
François Legault c'est le roi de l'opportunisme électoral, une girouette sans convictions. La CAQ c'est un calcul électoral: les souverainistes déçus du PQ et les fédéralistes déçus du PLQ formaient un bassin vierge. Legault et Sirois avec la communauté d'affaires l'ont exploité pour bâtir un parti sans colonne vertébrale idéologique, dont la seule conviction constante a été de servir les intérêts des milieux d'affaires dont ses fondateurs sont issus. Voici la chronologie complète des dégâts.
Ce sera long.
2018 — La prise du pouvoir
9 mai 2018 — Legault signe devant les caméras une entente transpartisane pour réformer le mode de scrutin. Il promet un système proportionnel mixte. "On n'est plus à l'étape des débats, on est à l'étape de l'action." Il jure qu'il ne fera pas "comme Justin Trudeau".
1er octobre 2018 — La CAQ prend le pouvoir avec 37% des voix et 74 sièges sur 125, le double de ce que lui accorderait la proportionnelle. La promesse est morte le soir même. Élu par un mensonge aussi important que de changer notre mode de scrutin, un pilier de notre démocratie.
18 octobre 2018 — Christian Dubé, ex-premier vice-président de la Caisse de dépôt et placement (où il gérait un portefeuille de 50 milliards), est nommé président du Conseil du trésor. Il avait quitté son poste de député caquiste en août 2014 pour aller à la Caisse, déclenchant une élection complémentaire de 600 000$. Quatre ans plus tard, la CAQ frappe aux portes du pouvoir et il revient. Leur ami des cocktails d'affaires, un habitué du centre Bell, Pierre Fitzgibbon, homme d'affaires avec des participations dans treize entreprises privées, est nommé ministre de l'Économie. Il a entre autre des actions dans Lion Électrique.
Décembre 2018 — Legault annonce le projet de loi sur la laïcité. Simon Jolin-Barrette promet aussi un projet de loi avant Noël pour encadrer les nominations partisanes. Le projet de loi sur les nominations ne sera jamais déposé. Et plusieurs nominations partisanes suivront. En même pas 3 mois. Deux immenses promesses rompues.
2019 — Nominations et promesses brisées
Février 2019 — Catherine Loubier, directrice de cabinet adjointe de Legault, est nommée déléguée générale du Québec à New York. Pascal Bérubé du PQ: "C'est une nomination partisane. Elle était au bureau du premier ministre, et c'est pour ça qu'on l'a nommée." Legault avait promis d'y mettre fin.
Avril 2019 — Fitzgibbon nomme son ami Guy LeBlanc à la tête d'Investissement Québec, trois jours après s'être départi d'actions dans l'entreprise du fils de LeBlanc. Première enquête de la commissaire à l'éthique. Au même moment, Fitzgibbon est accusé d'avoir ordonné la vente d'actifs dans sa fiducie sans droit de regard, ce qui est interdit.
Juin 2019 — La loi 21 sur la laïcité est adoptée sous le bâillon. Interdiction du port de signes religieux pour les enseignants et les employés de l'État en position d'autorité. Le gouvernement invoque la clause dérogatoire.
Septembre 2019 — Le projet de loi 39 sur le mode de scrutin est déposé, bardé de conditions absentes de la promesse: seuil de 10% et référendum piggy-back sur l'élection de 2022. Du grand n'importe quoi.
Octobre 2019 — La députée solidaire de Rouyn-Noranda tente depuis des mois d'alerter le gouvernement sur les émissions d'arsenic de la Fonderie Horne: jusqu'à 100 ng/m³, soit 33 fois la norme québécoise. Legault répond par un "accusé de réception bien enrobé" et dit que "les gens sur le terrain sont mobilisés".
2020 — Pandémie et contrats opaques
Février 2020 — Investissement Québec injecte 5 millions dans CVTCORP, une entreprise du cofondateur de la CAQ Charles Sirois. Legault: "Je n'étais pas au courant avant d'avoir lu Le Journal de Montréal."
Mars-juin 2020 — La COVID frappe les CHSLD un mois après la mort de centaines de personnes âgées dans des centres de personnes âgées en Italie et largement en Europe. Malgré ça, le gouvernement n'avait aucun plan spécifique pour protéger les centres de soins de longue durée ici. La Protectrice du citoyen confirmera qu'il n'y a eu "aucune directive ou initiative en début d'année 2020 pour préparer les CHSLD". Le gouvernement transfère des patients infectés des hôpitaux vers les CHSLD pour libérer des lits. Il tolère le mouvement d'employés entre établissements et entre zones infectées et non infectées. Ce qui a fait exploser les cas rapidement et surchargé le personnel soignant. Pénurie d'écouvillons, de masques, de personnel. Au CHSLD Yvon-Brunet, les deux tiers des résidents sont infectés en trois mois, 73 en meurent. Au CHSLD Sainte-Dorothée, une des pires éclosions de la planète. Bilan de la première vague: 4000 aînés morts dans les CHSLD entre mars et juin 2020. Au 23 avril, neuf décès sur dix venaient de résidences pour aînés. Le Québec a eu le taux de mortalité en centres de soins de longue durée le plus élevé au monde. Malgré que la pandémie a frappé plus tardivement au Québec qu'en Chine, Asie et en Europe. Legault dira: "Personne n'a soupçonné l'étendue de ce qui s'en venait." La Protectrice du citoyen et les témoignages à l'enquête de la coroner Kamel démontreront le contraire; plusieurs actions étaient possibles. Le gouvernement refusera de tenir une commission d'enquête publique indépendante.
Été 2020 — En pleine pandémie, le gouvernement attribue un contrat sans appel d'offres pouvant atteindre 36 millions de dollars à PetalMD (devenue PetalMC), en invoquant l'urgence sanitaire. Le contrat donne un monopole technologique de 12 ans pour la prise de rendez-vous médicaux. Charles Sirois, cofondateur de la CAQ, est un des premiers investisseurs de Petal et détient environ 5% des actions. L'ancien ministre Barrette dénonce l'abandon de la plateforme publique: "C'est l'une des pires décisions qu'il va avoir prises." Le commissaire à l'éthique obtiendra des données "incomplètes et contradictoires" sur le contrat. Les ministres Dubé et Fitzgibbon se renvoient la balle.
Septembre 2020 — Denis Dolbec, chef de cabinet du ministre des Finances Eric Girard, est nommé président de la Régie des alcools. Nadeau-Dubois: "C'est rendu une habitude pour la CAQ de faire passer ses amis de la chaise politique à la chaise de la fonction publique sans aucune gêne." Une autre nomination partisane.
Décembre 2020 — Fitzgibbon, deuxième blâme de la commissaire à l'éthique. Legault le soutient "à 100%" et ordonne à ses députés de voter contre le rapport de la commissaire. Le PQ: "Ce n'est plus au ministre de s'adapter au code d'éthique, c'est au code d'éthique de s'adapter à Fitzgibbon."
2021 — White Star, PetalMC et promesses enterrées
Mars-avril 2021 — Le fonds White Star Capital éclate. Fitzgibbon y détient des participations. Deux dirigeants du fonds sont inscrits au registre des lobbyistes pour obtenir un investissement de 20 millions d'Investissement Québec. Une photo le montre avec Legault et un cofondateur du fonds à Paris en 2019. Fitzgibbon: "Il y a zéro conflit d'intérêts." Puis: "Apparence, peut-être." Rappelons que Fitzgibbon avait nommé son chum Guy Leblanc à la tête d'investissement Québec.
Avril 2021 — Le contrat de 36 millions à PetalMC est révélé au grand jour par le Bureau d'enquête du Journal de Montréal. Les ministres tentent de se dissocier du contrat.
Juin 2021 — La commissaire recommande des sanctions contre Fitzgibbon. La CAQ vote contre. Fitzgibbon quitte le cabinet. L'opposition: il est "à vendre pour un million, la définition même du conflit d'intérêts". Il vend ses actions et revient au cabinet. Le PQ dépose un projet de loi contre les nominations partisanes, accompagné d'une liste "imposante" des nominations caquistes. Trois ministres caquistes (Bonnardel, Dubé, Charrette) avaient eux-mêmes déposé des projets de loi similaires quand ils étaient dans l'opposition.
Décembre 2021 — Abandon définitif de la réforme du mode de scrutin. "On met ça de côté définitivement." Raison: les députés caquistes craignaient pour leurs sièges pour la prochaine élection.
2022 — Réélection et Rouyn-Noranda
Mai 2022 — La loi 96 sur la langue française est adoptée avec encore la clause dérogatoire. Plus de 200 articles, une vingtaine de lois modifiées.
Août 2022 — Rouyn-Noranda: le gouvernement fixe une limite d'arsenic de 15 ng/m³ (cinq fois la norme) avec un délai de cinq ans. La population demandait le respect du 3 ng/m³ dans 18 mois. L'espérance de vie dans le quartier Notre-Dame est inférieure de cinq ans à la moyenne. Legault refuse de rencontrer cinquante médecins qui l'attendent sur place.
1er octobre 2022 — La CAQ est réélue avec 41% des voix et 90 sièges, majoritairement par les gens plus âgés. Avec la proportionnelle, la CAQ aurait eu 75 sièges sans la majorité. Fitzgibbon est promu "super-ministre". La cinquième enquête d'éthique est déjà ouverte.
2023 — SAAQclic, Northvolt et maisons des aînés
6 février 2023 — Fitzgibbon déjeune au restaurant Osco avec le cofondateur de Northvolt. Quelques jours plus tard, le gouvernement modifie un règlement pour soustraire le projet à un examen du BAPE. Le cabinet jure que le BAPE n'a pas été abordé au déjeuner.
Février 2023 — Lancement de SAAQClic. Fiasco total: files d'attente de plusieurs heures, pannes, système inutilisable. Le contrat de 458 millions a déjà explosé à 620-630 millions. Le conseiller Alain Généreux assure que "les signaux sont tous au vert" sans transmettre les documents de suivi.
Avril 2023 — Le gouvernement abandonne la portion autoroutière du 3e lien. Éric Caire, qui avait promis de démissionner si le lien ne se faisait pas, ne démissionne pas. Drainville pleure en s'excusant.
31 octobre 2023 — Luc Poirier vend son terrain à Northvolt pour 240 millions. Il l'avait payé 20 millions en 2015. L'évaluation marchande de 2020: 85 millions. Le prêt vient entièrement du gouvernement. Legault: "La plus belle journée de ma carrière politique."
Automne 2023 — Legault rouvre le dossier du 3e lien. Quatrième version du projet. Encore des dépenses inutiles.
2022-2024 — Maisons des aînés — Promesse phare de la campagne de 2018, les maisons des aînés devaient coûter 1 milliard pour 2600 places. La facture a grimpé à 1,5 milliard en 2020, puis 2,36 milliards, puis 2,8 milliards. Le coût par chambre est passé de moins de 400 000$ à plus de 800 000$, atteignant parfois 1,6 million. En janvier 2024, le tiers des maisons promises n'étaient pas livrées et la quasi-totalité des autres avaient des chambres vides, en pleine pénurie de places. Un fiasco plus grand que celui de SAAQClic. 91% des maisons des aînés se trouvent dans des circonscriptions détenues par la CAQ, selon une compilation de Radio-Canada. Le PQ avait demandé une enquête de la vérificatrice générale sur les critères d'attribution.
2024 — Immigration, Biron et Northvolt
Janvier 2024 — Legault blâme l'immigration pour la crise du logement et la pression sur les services publics. Le ministre Drainville accuse les immigrants temporaires de retarder les maternelles 4 ans. On apprend qu'aucun centre de services scolaires n'a fermé de classe pour cette raison. L'IRIS documente la "rhétorique du bouc émissaire". Ironie: c'est le gouvernement Legault qui avait fait pression sur Ottawa pour augmenter l'immigration temporaire à partir de 2021.
Février 2024 — Roberge dépose un projet de loi pour renouveler pour cinq ans la clause dérogatoire protégeant la loi 21 contre les contestations judiciaires. C'est la deuxième fois que le gouvernement blinde cette loi contre les tribunaux.
Mars 2024 — Budget: déficit de 11 milliards. Le gouvernement Couillard avait laissé un surplus. Sous la CAQ, la dette explose et nos investissements sont déplorables et éclaboussés dans des scandales.
Avril 2024 — Geneviève Biron est nommée PDG de Santé Québec avec un salaire record de 652 050$. Ex-PDG de Biron Groupe Santé, entreprise familiale maintenant dirigée par sa sœur Caroline, inscrite au registre des lobbyistes pour obtenir des contrats du gouvernement. Son mari, l'avocat Sylvain Poirier, est conseiller stratégique pour le privé et le public en santé. Un "mur de Chine" est promis. Christiane Germain, une amie de François Legault, cofondatrice du Groupe Germain et membre fondatrice de la CAQ, préside le CA. Aucune expérience en santé.
2024 — BMW annule un contrat de 3 milliards avec Northvolt. Lion Électrique, dans laquelle Québec a injecté jusqu'à 177 millions, voit son action tomber à 30 cents (sommet: 27$). Lion se place sous la protection de ses créanciers en décembre. Des centaines de petits actionnaires lancent une action collective pour informations trompeuses. Plusieurs des plus gros actionnaires ont vendu avant la chute pour sauver leur capital.
2025 — SAAQclic, Northvolt, décote
30 janvier 2025 — Roberge dépose le projet de loi 84 sur l'intégration nationale, affirmant que le modèle d'intégration québécois est "brisé" et doit s'éloigner du multiculturalisme canadien. Il propose un "contrat social" imposé aux immigrants, avec conformité obligatoire aux "valeurs" québécoises définies unilatéralement par l'État.
Février 2025 — La vérificatrice générale révèle que SAAQClic a coûté plus d'un milliard, dépassement de 500 millions. La SAAQ a dissimulé les coûts pendant des années. Le CA avait choisi de ne pas publier les dépassements pendant la campagne de 2022. Le ministre Caire démissionne. La ministre Guilbault dit ne pas avoir été mise au courant.
Mars 2025 — Northvolt fait faillite. L'opposition: "Encore un retentissant échec caquiste dont les Québécois font les frais."
Avril 2025 — S&P abaisse la cote de crédit du Québec de AA- à A+. Déficit record de 14 milliards. Legault "assume complètement" ses choix et assiste à un match du Canadien le soir de la décote le sourire aux lèvres devant la caméra.
Mai 2025 — La CAQ adopte le projet de loi 89 qui permet de suspendre le droit de grève au nom du "bien-être de la population". Legault reconnaît une perte de 140 millions dans Lion Électrique. L'opposition rappelle qu'il avait donné à Lion un quasi-monopole sur les autobus scolaires électriques.
28 mai 2025 — Malgré la demande de plus d'une centaine d'organisations de mettre le projet sur pause en raison de sa dimension perçue comme assimilationniste, la Loi sur l'intégration à la nation québécoise est adoptée à 86 voix contre 27.
Septembre 2025 — Québec coupe les ponts avec Northvolt. Perte totale: 270 millions. Poirier se dit prêt à racheter le terrain "au même prix ou plus cher".
9 octobre 2025 — Le gouvernement Legault présente le projet de loi 1, la Loi constitutionnelle de 2025 sur le Québec. Le texte institue une constitution québécoise, une loi sur l'autonomie constitutionnelle et un Conseil constitutionnel dont les membres seraient nommés sur motion du premier ministre. Le PQ et QS accusent la CAQ d'utiliser des symboles à des fins électoralistes. Le PQ: "Ce n'est pas un moment historique, c'est encore la CAQ qui utilise des symboles à des fins électoralistes."
Octobre 2025 — Legault ouvre une nouvelle session en ciblant les syndicats: "Un système de pratiques dépassées qui nuit au Québec tout entier." Le projet de loi 101 rend une partie des cotisations syndicales facultatives. Le projet de loi 3 contre les syndicats est déposé. La CSN documente le favoritisme systémique: "La frontière entre l'État et les intérêts privés est devenue complètement floue."
27 novembre 2025 — Roberge dépose le projet de loi 9 sur le renforcement de la laïcité. Il étend l'interdiction des signes religieux aux éducatrices en garderie et au personnel des écoles privées subventionnées, interdit les prières de rue, ferme les locaux de prière dans les cégeps et universités, et impose le visage découvert de la garderie à l'université. Encore une fois protégé par la clause dérogatoire.
Novembre-décembre 2025 — L'Assemblée des Premières Nations du Québec-Labrador exige le retrait du projet de loi 1, qu'elle qualifie de colonial et d'incompatible avec les droits des Premières Nations, dénonçant l'absence complète de consultations. Plus de 800 groupes de la société civile, la Ligue des droits et libertés, l'ONU et la Commission internationale de juristes sonnent l'alarme. Le Barreau du Québec dénonce un usage abusif de la clause dérogatoire par la CAQ depuis 2018, dans les lois 21, 96, le projet de loi 9 et le projet de loi 1, estimant que cela soulève des questions fondamentales sur la protection du public et la préservation de l'État de droit.
Décembre 2025 — Après une immense grogne de la population et des fédérations de médecins, Christian Dubé, ministre de la Santé depuis 2020, claque la porte de la CAQ et siège comme indépendant. Il refuse de cautionner une entente avec les médecins qui abandonne les réformes de sa propre loi 2. Le gouvernement se disloque.
2026 — Démission et héritage
14 janvier 2026 — Legault annonce sa démission. La CAQ est en quatrième place dans les sondages.
Février 2026 — Le juge Gallant dépose son rapport de 586 pages sur SAAQClic. La SAAQ a "menti, sciemment, pendant des années". La ministre Guilbault avait été informée "de manière franche et détaillée dans une présentation" des dépassements en 2023. Elle dit ne pas s'en souvenir. Le bureau du premier ministre a aussi été informé. Encore des cachotteries et mensonges envers la population.
Février 2026 — Le Barreau du Québec publie un mémoire dénonçant formellement l'usage "de plus en plus fréquent" de la clause dérogatoire par la CAQ pour soustraire ses lois au contrôle judiciaire, prévenant contre le risque de "dissensions sociales" et de "polarisation accrue".
Mars 2026 — Nouvelles concessions à la Fonderie Horne pour ses rejets d'arsenic, malgré les mises en garde de la santé publique. Les rejets de 2025 étaient en hausse de 10,7%, à 43,3 ng/m³, soit 14 fois la norme.
1er avril 2026 — Le projet de loi 1 sur la constitution québécoise est adopté par un vote de 68 pour, 31 contre, 1 abstention. Toutes les oppositions ont voté contre. Une constitution rédigée à huis clos, sans consultation populaire, sans entente avec les Premières Nations, adoptée par un gouvernement sans premier ministre et en fin de mandat.
2 avril 2026 — Le projet de loi 9 sur la laïcité est adopté avec l'appui du PQ. Les libéraux et solidaires s'y opposent. La Ligue des droits et libertés condamne la loi, affirmant que le gouvernement ignore ses obligations en matière de droits humains et les recommandations du Comité des droits de l'homme des Nations unies.
2 avril 2026 — Le projet de loi 3 est adopté. Les huit centrales syndicales dénoncent unanimement "un recul historique et un legs honteux" d'un gouvernement "qui n'a plus de premier ministre ni d'appui de la population". La CAQ nomme Alain Généreux, artisan du fiasco SAAQClic accusé d'avoir "contribué à falsifier des documents", comme conseiller stratégique au Dossier santé numérique.
Le bilan
La dette brute du Québec est passée d'environ 201 milliards $ en 2017 à environ 276 milliards $ en 2026, soit une hausse d'environ 75 milliards $ en moins de 10 ans.
Dans le budget 2025-2026, le déficit est d'environ 11 milliards $. Le gouvernement prévoit des déficits encore présents dans les prochaines années, avec un retour à l'équilibre budgétaire autour de 2029-2030.
Nos écoles tombent en ruine, vétustes, mal entretenues, incapables d'offrir un environnement digne aux élèves, pendant que des hôpitaux comme l'Hôpital Maisonneuve-Rosemont lancent des cris du cœur ignorés depuis des années. Malgré l'urgence et les appels répétés du personnel médical, rien de structurant n'a été fait pour remettre à niveau notre réseau de santé, et encore moins pour redresser celui de l'éducation. François Legault promettait pourtant une hausse de 30 % des salaires des enseignants et faisait de l'éducation sa priorité absolue. Aujourd'hui, les syndicats d'enseignants et les organismes communautaires sonnent l'alarme sur toutes les tribunes. Quel cirque politique.
Non, il ne faut pas remercier François Legault.
Il a trahi sa promesse sur le mode de scrutin parce que le système injuste l'avantageait. Il a renié les convictions souverainistes de toute sa carrière pour fonder un parti avec un milliardaire. Il a protégé un ministre blâmé plusieurs fois par la commissaire à l'éthique. Il a distribué des contrats sans appel d'offres aux entreprises de son ami cofondateur. Il a selon un rapport laissé mourir 4000 aînés dans des CHSLD sans préparation et a refusé de tenir une commission d'enquête publique. Il a confié le réseau de santé public à des gens d'affaires du privé en santé. Il a englouti 270 millions dans Northvolt et 177 millions dans Lion Électrique. Il a laissé les enfants de Rouyn-Noranda respirer de l'arsenic. Il a transformé un surplus en déficit record de 14 milliards et provoqué la décote du Québec. Il a adopté des lois anti-syndicales en fin de mandat, sans premier ministre et sans appui populaire. Il a utilisé l'immigration comme bouc émissaire pour chacun de ses échecs. Il a promis un 3e lien sous six formes sans couler un centimètre de béton. Il a nommé ses proches dans la fonction publique après avoir promis d'éliminer les nominations partisanes, ils auront des grosses retraites.
Et maintenant, il va rester assis sur sa banquette de député en faisant le minimum requis pour empocher son indemnité de départ de 300 000$, son entourage s'étant assuré auprès de la commissaire à l'éthique qu'il soit "suffisamment présent pour éviter un reproche pour manque d'assiduité". Se servir et non pas servir. C'est le résumé de huit ans de CAQ. Non, il ne faut pas remercier François Legault.